Conte d'âne...

Publié le par Mam'Annie

"Zidâne, c'est comme çà qu'on m'appelle. Je suis l'un des fils de Piccolo Ier. On dit que je suis le fruit des amours de fond de champ... Je trouve cette expression particulièrement belle. J'ai été trouvé par le père Auguste, aujourd'hui mon maître, à moitié mort dans le fond de la rivière avec une pierre autour du cou... Paraît-il que c'est un miracle si je vis encore... J'ai eu bien du mal à pousser, les gens du village se moquaient de moi et m'appelaient, tournicotant leurs mains vers le ciel et roulant du croupion : " Zi zi "...

"Mais, laissez-moi vous raconter une histoire, qui fit du bruit au village"...

C'était il y a quelque temps, quand les hommes avaient la majorité à vingt-et-un ans et qu'on mettait des bonnets d'âne aux enfants bornés ou rebelles... Remarquez, cela me fait doucement rigoler... Parce que moi, je sais que, plus on a des grandes oreilles, plus on est intelligent ! Comme quoi les hommes sont bêtes et méchants.

Mon père Piccolo Ier avait la fâcheuse tendance à aimer les juments... Il était amoureux fou d'une alezane, Shereazade, qui appartenait au père Hippolyte. Chaque fois qu'il pouvait la serrer auprès d'un chêne, il la montait fougueusement et la jeune dévergondée ne refusait point. Il advint qu'elle accoucha bientôt d'un âne et d'une ânesse qu'on appela, Illico et Presto. Se faire monter par un âne, passons mais mettre bas deux petits alors, là ce fut le bouquet ! On n'avait jamais vu de naissance gémellaire dans le pays !

L'père Hippolyte, très en colère et mécontent de l'aventure, donna l'ânesse au père Auguste et garda Illico, pestant contre les ânes qui sautent les barrières : " Et voilà qu'j'hérite d'un mulet, une bouche d'plus à nourrir, à ce t'heure ". " Ben n'te plains point, c'est ben mieux qu'une bardote!" avait répondu en riant l'père Auguste.

Mais l'père Hippolyte rigolait pas, lui. Illico est devenu un mulet solide héritant de la beauté de sa mère et de la robustesse de son père. Il rend bien des services à son maître. Finalement, celui-ci ne s'en plaint plus. Mais, tout de même, depuis cette affaire, les deux hommes ne taillèrent plus la bavette ensemble et s'ignorèrent. Au moment de cette histoire, le père et la mère Auguste faisaient de l'élevage d'ânes.

Aujourd'hui encore, ils élèvent et vendent l'âne de Normandie. Leurs ânes sont réputés, avec de belle robe marron plus ou moins foncée, la croix de saint-André décorant le garrot de l'animal, appelée aussi la croix de Palestine. On raconte à la veillée que c'est le signe des ânes venant de là-bas... Ils en ont onze : Presto, Jules, l'père, la julie, Piccolo II qui est jeune étalon, Logo et Média, Prune et Rastaquouère, Rococo, qu'est mulet, dernier né de Piccolo II et Zidâne, votre serviteur...

L'asinerie se trouvait au hameau de la Noisettière, sur la route de Bellâme, à la fourche de la croix aux-folles, après les ponts du bourg. Pour s'y rendre, il fallait grimper un raidillon, très pentu. Le chemin, sombre, où le soleil n'entrait jamais, recouvert de branches d'arbres longeant celui-ci, était creusé d'ornières boueuses et glissantes par les roues des charrettes. On l'appelait le chemin des amoureux...

Jolie longère normande, sur une petite colline, la Noisettière apparaissait, en haut du chemin, enclose et agrémentée de fleurs : rosiers rouges et roses, grimpants sur les façades ; les hampes des lupins se mêlaient à celles des glaïeuls, rivalisant de couleurs avec les dahlias ; une petite porte en bois, blanche, s'ouvrait sur le jardinet fleuri, bien entretenu, faisant tache multicolore dans ce pays de bocage verdoyant, entourée de prés fermés, où des pommiers et des cerisiers, au printemps, déclinaient leur rose et leur blanc dans le soleil du petit matin. Ils étaient bordés et délimités par des mûriers, attirant les abeilles du père Gaspard, des noisetiers que les enfants du village connaissaient bien.

Les autres maisons du hameau étaient placées les unes à côté des autres, en rond, autour d'un puits. On aurait dit qu'elles étaient posées là, sur la pelouse. Basses, sans étage, seulement surélevées d'un grenier, elles étaient de pierres blanches du pays de Corvau. Les portes à deux battants, étaient à demi fermées à la percheronne et les volets peints de couleurs vives.

A part le père et la mère Auguste, sa fille Nane et Ptit Pierre (il paraît qu'il vient de l'orphelinat Sainte-Catherine), vivaient au hameau : la Lucie, dentellière de son état et Jules, cantonnier, Yeyette et Dédé, des retraités de la région parisienne, l'père Toucheur, un mauvais coucheur, un maître tapissier qui venait de Paris, la Jeanne et Renaud, deux jeunes normands tout juste mariés.

Sur la droite de l'asinerie, une mare, semblait accueillir le visiteur, pleine de grenouilles croassantes. Elle était bordée de petits arbustes, étalant son eau verte, parsemée de petites fleurs multicolores, où des araignées d'eau faisaient des ronds dans l'eau, ses abords étaient plantés de fleurs. Les femmes du hameau y rinçaient autrefois leur linge... Un superbe rosier enraciné depuis cinquante ans, offrait aux regards, des roses dites anciennes et, le matin aux nez les plus fins, leur senteur de reines, à peine écloses... Près de la maison de Yeyette et Dédé, un peu à l'écart des autres, le puits était creusé profond, surélevé d'un toit de tôle, les chaînes enroulées sur le pivot de bois, des pots de géranium posés sur la margelle, dégringolaient en cascade.

L'père Hippolyte habitait la dernière maison. Il avait un fils, Jean. C'était un gaillard c-ti là ! Sa mère, la Marie, voulait qu'il reste à la ferme... Lui, il voulait devenir ingénieur agronome. Après l'affaire des jumeaux, les deux familles étaient en froid.

Mais... Pas leurs enfants... Et puis, personne ne sait pourquoi, un jour, l'Auguste et l'Hippolyte, ce sont battus comme des chiffonniers. Et jurés sur la tête de leurs bêtes qu'ils ne se parleraient jamais plus. Jean a été placé en internat et Nane a beaucoup pleuré.

Ils s'aimaient pourtant ces deux là. Grimpés sur leurs bicyclettes, ils se retrouvaient dans les étables, sur les bords de la rivière, sous le pont de la rivière, même dans l'église, l'embrassait sur les prie-dieu, la tripotait dans la sacristie, dans le lavoir, dans le petit bois du Val dieu. Il n'y a rien dans le paysage, qui ne fut pas témoin de leurs amours, même la rivière, sur la barque du père Nico ! Même moi, et j'en ris encore, lorsqu'un jour, trop pressé, il l'avait prise à même le sol pour la première fois, impatient qu'il était, dans la petite étable où je dors la nuit, leurs têtes posées sur mon flanc... Elle venait tout juste d'sortir d'sa communion. Elle était bien belle, robe blanche en organdi brodé, tête voilée, encadrée d'un joli bonnet de dentelle. Il était son cavalier. Ils ont eu l'impression de se marier. Ils disaient : "C'est le plus beau jour de notre vie". Jean était un peu plus âgé que Nane mais il avait attendu, pour faire sa communion avec sa bonne amie. Quelques jours avant, le curé les avait surpris dans le confessionnal dans une position un peu singulière... " Cela ne se fait pas dans un confessionnal ! vous ne ferez pas votre communion ! " et Jean de rétorquer : " Toi tu le fais bien avec la Madeline ! " Le curé était resté coi et bien sûr, n'en avait soufflé mot à personne... Et les amoureux de continuer leurs apprentissages... Tout cela faisait sourire une moitié du village qui disait : "On les mariera ceux-là ! ". L'autre moitié, les mauvaises langues, les bigotes et les bigots disaient : " faudra ben... ". C'est peu après que Nane a grossi... C'est ainsi que Nane est partie à Paris, chez sa tante. Quand elle est revenue deux ans après, elle a revu son amoureux en cachette. Je le sais, pour les avoir surpris, dans l'étable, la prenant sur le foin frais, fleurant sa peau, têtant ses seins, leurs corps souples s'accouplant en vagues mouvantes.

Ils en oublièrent le temps... Tout le monde se mit à leur recherche. L'père Hippolyte avait même sorti sa carabine. Ah ! quelle histoire !

La moitié du village s'y est mis pour que le mariage eut lieu. Même la Lucie avait annoncé au porte à porte la messe des accordailles ! Elle était la porteuse des bonnes et mauvaises nouvelles : les morts, les mariages, les baptêmes, les communions, la date des conseils municipaux. C'est-y qu'elle en a usé des souliers, la Lucie à marcher dans le bourg ! Pourtant, pas toujours bonne, la Lucie, une vraie langue de vipère parfois... Dans ce charivari de bavardages, Nane est restée calme. Elle aura bientôt vingt-en-un ans. On la dit maline. elle devient de plus en plus belle, blonde, ses cheveux en copeaux, pas très grande, seins ronds et taille fine, croupe pertinente et jambes suggestives, les garçons d'ici la connaissent bien et lui courent tous après. Sans succès... Au lavoir, les langues vont bon train, entre deux coups de battoirs et une frottée de savon de Marseille : " Alors la Marie, qu'est-ce qui dit l'père Hippolyte ? " " Y veut point. Y dit qu'elle f'ra bardot ! " " Comment ça bardot, elle est pourtant ben belle. L'as une bonne croupe, c'est une sacré fumelle ! ". " Ben oui, y perdrait rien avec elle, elle est courageuse, c'est plutôt lui le bardot ! c'est pas comme son couillon de fils ! " " Ben pourquoi, tu dis ça la Lucie ? c'est-y parce qu'il t'a pas voulue ? ". " J'm'en chauffe du fils Hippolyte... J'ai ben à faire avec le Jules..." "Tu parles, ton Jules, on dit qui court l'Emilie. " " C'est point vrai ! Tout ça, c'est des balivernes, en tout cas, c'est moi qu'il a mariée au printemps dernier... ".

Les méchantes langues allaient bon train et avaient souvent le dessus. Lorsque le soir, le petit lavoir, débarrassé des draps, serviettes et mouchoirs, cédait la place à la tendresse des baisers volés et des amours extra-conjugales, la rivière alors, brillait et une légère brume, cotonneuse à souhait, enveloppait les ébats amoureux...

Ptit Pierre, non loin de là, jouait à faire des ronds dans l'eau. Il attendait que les lavandières aient terminé leurs lessives, et leurs ragots, pour aller à son tour dans le lavoir retrouver sa petite amie, Mélie... Elle le comprenait, elle, elle se laissait biser, cajoler et lui racontait des histoires. Ils s'amusaient bien ensemble. Elle était chaude, elle sentait bon. Elle riait tout le temps. C'est pas comme la mère Auguste, qu'est triste, mais bien gentille. D'ailleurs, Nane, aussi est gentille. Elle le câline, l'embrasse, lui fait des gâteaux. On dirait une maman... Pourtant, il paraît qu'il n'en a pas, c'est le père Auguste qui l'a dit... Elle est sa préférée, après Mélie ! Couchant dans le lit fermé de la pièce à vivre, il entendait souvent des conciliabules feutrés entre ces trois là... Quand le père Auguste poussait trop fort sa gueulante, Nane et mémée Auguste n'osaient plus rien dire et baissaient la tête, les larmes aux yeux...

Mélie ne viendra pas. Il l'a vu passer avec sa marâtre dans le chemin du lavoir, poussant ses bêtes, de sa méchante badine. Alors, Ptit Pierre, un peu déçu s'en allait rejoindre ses amis les ânes. Et comme d'habitude se confiait à Zidâne. " Pourquoi c'est-y qu'j'ai pas de maman et de papa ? Comment est-ce possible ? Les ânes, eux, ils en ont bien... Qu'est-ce que ça veut dire bardot ? Pourquoi on m'appelle comme ça, tu sais toi ? Tu connais la Mélie ? "

Oui, je connaissais la Mélie. Je connaîs aussi ces mots : mulet, bardot, baudet, bâtard, hybride, loupé. Je sais qu'ils sont utilisés ici par les hommes pour se moquer des enfants nés hors mariage, comme les fruits râtés des amours d'une ânesse et d'un cheval ou bien d'un âne et d'une jument. Mais qu'est-ce que ça veut dire tout cela dès l'instant qu'on s'aime ? D'ailleurs, mon père Piccolo Ier me disait toujours : " fils, y a que l'amour qui compte ! ". J'aurai voulu expliquer au petit garçon ce que veut dire bardot, que je n'étais qu'un mulet. Mais que j'ai hérité de Shereazade et de mon père toutes leurs qualités... Un mulet, savez-vous, c'est plus intelligent qu'un cheval. Il faut être fier de ses origines. Quelquefois on m'appelle " l'hybride ". Moi, cela ne me vexe pas, je trouve cela plutôt joli et rigolo, cela ressemble à un nom de fleur. Et j'aime les fleurs. Ah ! se rouler les pattes en l'air dans les champs, au printemps quand ils sont constellés de pâquerettes blanches et de boutons d'or et que l'herbe fraîche sent le petit rosé du matin, le champignon des prés... Et surprendre la bardote, la forcer au pied du petit mur de pierre réchauffé par le soleil. Ici, il y a la Julie qu'est bardote. " Moi elle me plaît bien. Elle court partout en ruant et en brayant. Elle est juste un peu bruyante et se fait remarquer... ". Tout le monde se moque d'elle, elle ne sait pas trop à quoi elle sert... Mais la mère Auguste l'aime bien. Elle seule sait s'en faire obéïr...

Avec affection, Ptit Pierre me caressait le chanfrein, la salière, l'encolure et le garrot  en suivant de son doigt la forme de la croix. Moi, chatouilleux, je riais de joie en relevant mes lèvres et soufflant des naseaux. Ptit Pierre me trouvait beau. Bien droit, dressé sur mes jarrets, j'ai les paturons et les boulets noirs ainsi que le poitrail. On me dirait chaussé de petites bottes poilues. Ma queue est baie, identique à la robe. Mon ventre est gris blanc. Le bout de mon nez est noir, mon œil est vif, je porte comme des lunettes car mes yeux sont cernés de roux. plus grand qu'un âne, je suis fier de ma croix. Je suis robuste et gentil. mon encolure, forte et épaisse ressemble plus à un cheval qu'à un âne. Un mulet comme moi, rend des services dans une ferme. D'ailleurs, le père Auguste ne s'en prive pas. Il m'aime beaucoup, car il a compris depuis longtemps que je suis, comme Illico et Presto, le fruit des amours de Shereazade et de Piccolo.

J'aurai voulu dire plein de choses au petit garçon. Par exemple, j'ai découvert un jour avec stupeur, que je savais parler ! Ce jour-là, la Madeline passait près de moi, et me décocha, sournoisement un coup de pied en me traitant d'âne bâtard ! Remarquez, c'était pas la première fois mais là... Vexé, mon nez et mes lèvres se retroussèrent et je dis entre mes dents " Et toi, tu es cocue ! ". Madeline, affolée, prit les jambes à son cou, fila à l'église pour tout raconter au curé et de ce jour, prit soin de m'éviter.

Je savais que Nane était la mère de ptit Pierre. J'étais là lorsqu'elle a ramené, silencieuse, l'air buté, ptit Pierre à la ferme, comme une chatte ses petits. Elle a seulement promis au père de n'en parler à personne. " Oui, ben moi, j'en ai marre. c'est Pierre que j'm'appelle. Pourquoi c'est-y qu'à l'école on m'appelle Rococo ou bien l'bardot ? Ici, c'est l'âne du père Auguste qui s'appelle Rococo. A l'école, au village, tout le monde me traite... ". " T'en fais pas, y en a plus pour longtemps..." lui dit, un jour, Nane, fronçant son petit nez et serrant les dents.

C'était le jour de la messe. Les femmes du village, endimanchées, chapeautées et livres de prières sous le bras, se dirigaient accompagnées de leurs progénitures, décrassées pour la circonstance, vers l'église en haut du bourg. Leurs maris, engoncés dans leurs costumes, s'arrêtaient comme d'habitude, qui au café, qui au club de boules ou à la fanfare, tout en guignant de côté, celles qui osaient raccourcir leurs jupes pour montrer leurs chevilles. Le curé, sur le pas de l'église, courroucé, n'avait de regard que pour l'arrivée de Nane montant le village, tranquillement avec Ptit Pierre, astiqué comme un sou neuf et l'air radieux. Robe blanche en cotonnade légère, décolleté profond, montrant ainsi ses seins dorés, la jupe, juste courte, sur des mollets ronds et galbés, elle était au bras de... Jean, le fils du père Hippolyte ! Le père Hippolyte, cravaté de noir, étouffait de colère, mais sa femme, la Marie, avait compris et lui donnait de sérieux coups de coude dans les côtelettes pour qu'il se tienne tranquille. D'ailleurs, elle en avait marre, la Marie, car elle aimait son fils et voulait  le voir heureux. Elle s'en foutait elle, qu'il fût bâtard, le mioche. D'ailleurs, ce n'était pas un bâtard, puisque c'était son fils qui l'avait engrossée, la Nane... C'est vrai... c'était un peu jeune ! Mais bon, à quel âge, avait-elle commencé à lui montrer sa petite culotte fendue, et lui, à glisser le doigt dans la fente, le père Hyppolyte ? A quel âge l'a-t-y " cochée " ? Pas bien longtemps après le certif ! Et dans quelle condition ! Entre les pattes de la Julie, la vache qu'était en train de vêler, c'est pas mieux...

Les gens du village s'écartaient, murmuraient, certains ravis, d'autres méprisants. Le jeune couple se dirigea vers l'autel et prit place sur la marche de la Table, ornée d'un joli napperon, d'où le curé célèbrera l'Eucharistie. Pour une fois, on entendait ni le bruit des chaises, ni des prie-dieu, ni les bavardages. Prenant son temps, tapotant et tirant sur sa jupe pour la baisser un peu, consciente des yeux portés sur ses genoux, regardant calmement les paroissiens, d'une voix claire, tenant les mains de Jean et de Pierre, elle dit : " Aujourd'hui, je suis majeure. Je vous présente notre fils, Ptit Pierre ". Patatras ! L'annonce était de taille. Les chapelets tremblèrent, le curé s'empourpra, Jésus sur sa croix jubila, un silence de mort s'installa dans les rangs puis un murmure parcourut l'assemblée, qui enfla, enfla et devint une clameur.

Alors, poussant doucement du chanfrein la lourde porte de l'église, je passai l'encolure et j'émits un braiement énorme pour me moquer de ces culs-bénits, croyant laver leur âme avec un Ave et un Notre père, leur manque de compassion à l'égard de l'enfant et des ânes, et je leur dis d'une voix de stentor : " je suis Zidâaaane, l'âne Zidâaaaaaaaaaaane, peut être mulet par devers Dieu, mais enfant de l'amour comme Ptit Pierre ! ".

Saisis par l'écho infernal se répercutant sous les voûtes basses, résonnant dans l'église comme la voix du Tout puissant, médusés qu'un âne parle, tous s'agenouillèrent alors et prièrent en silence pour le pardon de leurs fautes et de leur bêtise. Jamais messe ne parut aussi belle pour ptit Pierre ! Le bedeau avait souvent reluqué, à califourchon en haut d'un arbre comme un vieux cochon, les ébats amoureux de ces deux-là, et pour se faire pardonner de ce péché, empoigna les cordes de la cloche et les ficelles des clochettes, et tira, et monta, et tira, et monta... A la volée, on entendit alors, loin dans la campagne, portées par le vent, la grosse Marguerite, résonner et les clochettes tintinnabuler à la gloire de Jean, Nane, ptit Pierre, des ânes, mulets et autres baudets.

Annie (cette histoire est une fiction, dans le cadre d'un concours d'écriture dont le thème était l'âne).

Publié dans Nouvelles

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