Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /Août /2009 13:40
Bonjour à tous.
J'ai fêté mes 70 ans,  et pas toutes mes dents (!) hier, en même temps que le "un an" de ptite nana. Et les 17 ans de Marvin, celui qui a confectionné les deux gâteaux : une pièce montée et un "trois chocolats", des délices ! Ce fut merveilleux. Je vous envoie des photos, aussitôt que le pc du papy se libère ! Il y a beaucoup de monde à la maison ! C'est difficile de le trouver libre ! Bisous à tous et à toutes.

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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 19:06

Premier bal...

" Allez Madame, laissez venir Annie au bal... On la ramènera. C'est Jojo qui conduit, avec lui, elle ne risque rien... ".Maman s'est fait un peu prier mais elle a bien voulu. J'ai vite enfilé ma robe de distribution des prix : vert d'eau, en plumetis, taille fine et froncée à la taille. Et je suis montée dans la Delahaye du père D... Je n'étais jamais montée dans une voiture !
"Veux-tu danser avec moi ?"
Tourneboulée je dis oui en secouant la tête comme une enfant devant un gâteau à la crème. C'est la première fois qu'un garçon m'invite à danser. D'habitude je danse avec maman ou papa, tonton ou mes cousins. J'ai la trouille...
J'ai appris à danser avec ma mère. Mes parents allaient danser rue de Lappe : le tango, la valse, le paso doble, la rumba... Je sais que je danse bien. A l'école, je pratique la danse rythmique. Chaque année, j'obtiens le prix de danse et j'ai déjà dansé sur scène, devant un parterre de parents, d'enfants, mais aussi des élus de la ville ainsi que du préfet, venu pour la circonstance, aux fêtes de fin d'année.
Serrée contre le danseur, trop collée, j'étouffe à moitié. Mais je m'applique à suivre le mouvement. C'est une rumba. Il m'oblige un peu rudement à épouser le rythme balançant de la musique. "Tu danses bien, dis donc ? T'as quel âge ?". " Quatorze ans. ". Le jeune homme s'arrête net, me regarde avec étonnement : "V'là t'y pas qu'je danse avec une môme ! " et il me plante là, en plein milieu de la salle de bal. J'y suis pour rien moi, si je n'ai quatorze ans !
Jojo et les copains, alertés par l'incident me récupèrent en larmes. Et je remarque le regard de Jojo, un regard que je ne connaissais pas... Jojo, c'est celui que je préfère. Il est grand, beau, il nage comme un poisson et m'emmène faire de la barque. La dernière fois, il m'a cueillie un superbe nénuphar. Rentrée à la maison j'ai dit "t'a vu m'man, Jojo m'a donné son nénuphar ". Maman s'est mise à rire... Je n'ai pas compris pourquoi...
C'est lui qui m'a appris à jouer Philippines. Si on trouve une noisette double dans sa coquille, on fait un gage avec le partenaire et le lendemain matin, c'est le premier qui dit Philippine qui gagne le gage.
C'est lui qui a gagné. C'était un baiser. Je lui ai tendu innocemment ma joue. Il a pris mon visage entre ses mains et doucement, il a appuyé ses lèvres contre les miennes. Je ne l'ai pas dit à maman...
Tendrement, il me prend dans ses bras et me dit doucement "vient danser avec moi... laisse-toi aller ". Enlacée, blottie contre lui, pressée contre sa poitrine, je prends conscience tout à coup du plaisir d'être dans les bras d'un homme. Je me laisse mener par le rythme du tango. Ses jambes contre les miennes, avec souplesse, m'obligent à des pas compliqués, ma taille se ploie. Subjuguée, je m'aperçois que son cœur bat très fort. Son regard est doux et ses yeux bleus, légèrement violets, sont rieurs et joyeux, ses lèvres frôlent mon cou. Que m'arrive-t-il ? Je ne connaissais pas cette chaleur m'enveloppant toute entière et qui me laisse pantoise.
Jojo me raccompagne vers le groupe, en me tenant la main. Le silence s'est installé. Il ne fait plus aucun doute que la petite parisienne, à toucher le cœur de l'un des garçons de la bande. Je suis la bonne amie de leur copain. Les autres l'ont compris. Pour rentrer, c'est moi qui prendra place devant, près du chauffeur. Très près du chauffeur...
Ce sera le début d'une belle histoire d'amour.


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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 18:59



Régine

"Est-il né le divin enfant, poil au bec de gaz, mon c.. sur la commode...?".C'est le père L..., de la Giroudière, anarcho notoire, mal vu des dames catéchistes qui monte le bourg à bicyclette, en danseuse, en fredonnant une chanson coquine, choquant les bigotes qui le croisent.
Nous sommes en 1951. Maman attend un bébé. Nous attendons tous avec elle. Elle, à Paris, nous ici à la campagne. Je suis en pension chez ma tante Guite pour la circonstance. C'était pour fin juillet. Nous sommes le 5 août et toujours rien.
Cette attente m'angoisse. J'ai écouté une conversation de la mère Ribot avec Tata... "Qu'est-ce qu'elle doit souffrir par cette chaleur ?" disaient-elles. Ah bon, parce qu'en plus on souffre ? Cela m'angoisse. Qu'est-ce que je vais devenir si ma maman meurt ?
Le lendemain matin, tante Guite reçoit enfin un télégramme : c'est une fille ! Elle s'appelle Régine et pèse 4,5 kg !
Le père L... comme de coutume depuis plusieurs jours, arrive vers nous en chantant sa petite rengaine "est-il né...", " Oui, oui, c'est une petite fille et...". Le quartier est en effervescence. Yeyette a accouché.
Un mois plus tard, mes parents descendent du petit train départemental, embarrassés par leurs valises et un petit paquet tout rose d'où sortent des vagissements. Tout le monde se précipite, tata, mon cousin, tonton. Je reste derrière, intimidée. Maman m'appelle et me dit "Eh bien, tu ne viens pas voir ta petite sœur ?" Je m'approche... et je découvre... une petite merveille !
Une petite fille, toute ronde, la bouche en cœur, le nez retroussé, le teint éclatant, affublée de grands yeux bleus porcelaine qui lui mangent tout le visage, ombrés de cils bruns et recourbés. J'en reste baba !
Tout le monde dit qu'elle est belle et me ressemble. Le fait de la trouver belle me réconcilie avec la vie. Si elle est belle, je le suis aussi, puisque tout le monde le dit... Et puis, maman est là, bien vivante et souriante, amaigrie mais heureuse d'arriver à la campagne. Ce bébé va bouleverser ma vie de fille unique.
Cette année-là, mes parents ont loué la maison du père Dion, à la Boisardière. Je vais retrouver ma copine Claudette, car ses parents ont acheté un petite maison. Cela va être de chouettes  vacances ! On va pouvoir jouer à la vraie poupée !
...


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Lundi 27 juillet 2009 1 27 /07 /Juil /2009 16:54

... Je n'ai pas la nostalgie du passé ! Ce sont simplement mes souvenirs d'enfance que je raconte dans un petit livre qui s'appelera "Mon herbier" lorsque je l'éditerai.
En tous les cas, merci de vos sompliments !


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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 18:59

Extrait de Mon herbier Annie

Le pont Catinat

" Man.. Dis Man... j'peux descendre ? ".
" Non, Nane, tu n'as pas digéré ".
Digérer. Digérer... C'était l'éternel réponse de l'après manger !
A cette époque-là, avant de se mettre dans l'eau, il fallait avoir di-gé-rer. Il faut dire que l'eau était gelée. L'Huisne est une rivière d'eau courante, vive et très froide, donc considérée comme dangereuse par les parents ! Et puis, à cette époque, on parlait beaucoup de la poliomyélite... Elle avait bon dos...
Descendre, cela voulait dire implicitement : rejoindre les copains et les copines à la baignade, sur les ponts.
Les ponts servaient à tout. On y apprenait à danser, un petit électrophone à piles jouait les airs à la mode. Nous n'étions pas gênés par la circulation ! Ils servaient également de siège, pour les longs bavardages ou de terrasses pour bronzer !
Le lieu, dit la baignade, c'est une anse d'eau, constituée par un bras de la rivière s'infiltrant sous des vannes, fermées ou ouvertes, en fonction de la masse liquide et dégringolant, à grands fracas, dans un large et profond trou, bordé d'arbrisseaux et de berges engazonnées, presque fermée par un goulet où l'eau s'engouffre en grondant comme un torrent. Puis, un peu plus loin, elle redevient sereine et serpente tranquillement dans les prés, en méandres larges, passant sous les ponts Catinat.
Les oiseaux effrayés par les cris et les rires des enfants s'envolaient en piaillant ; oiseaux de toutes les couleurs, émigrant vers des cîmes plus calmes, ils s'installaient sur les branches hautes, oiseaux à deux têtes, couples tendres.
Sur les bords de la rivière, les mères installaient serviettes, pliants, chaises en tissus, déballaient les casse-croûtes, mettaient à l'eau, les bidons de coco ou les bouteilles de cidre, pour laisser au frais, suspendaient leurs chapeaux de soleil aux petits arbres, chapikaouas amusants, et pendant que leur progéniture plongeaient dans les eaux vertes, tricotaient et bavardaient, tout en jetant un œil sur les prouesses de leurs mouflets ; elles passaient leurs après-midis au soleil... en oubliant un peu les problèmes quotidiens.
Les parisiennes, elles, n'étaient pas très bien vues. Elles faisaient l'objet de remarques acerbes sur leur manière de s'habiller ou de vivre par les dames du village. Ce n'était pas encore le tourisme, c'était l'après-guerre et les mentalités n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui... Les langues n'étaient pas toujours bonnes.
Nous, les adolescents ne faisions pas de différence et nous nous retrouvions parisiens, parisiennes, ou petits campagnards sur les remparts des vannes et là, nous passions des moments inoubliables, d'histoires chuchotées, d'amours inavoués, de défis coquins, de jalousies rentrées.
Il n'y avait pas de problèmes de drogue, ni de violence, chacun faisait son expérience de la vie, et apprenait l'autre, sans agressivité.
Les plus âgés refaisaient le monde à leur manière, c'était en 1955, en plein dans la période de la guerre froide et la guerre d'Algérie qui n'était pas loin. Nous chantions Le déserteur à tue-tête, au grand dam des vieux paysans qui ne comprenaient pas pourquoi on ne voulait pas aller flinguer des fellouses, comme ils disaient. Plusieurs de mes camarades, obligés, partirent à la guerre d'Algérie et ne revinrent pas...
Le pont Catinat sous son arc gauche abritait ceux qui osaient flirter. Je rêvais du moment où je pourrais moi aussi me faire embrasser par un garçon. J'avais bien fait un essai, mais je ne l'avais pas jugé concluant car l' gars Guy m'avait forcé et en me débattant, sa bouche mouillée avait glissé vers mon nez. Cela ne m'avait pas plu du tout : " Man, l'gars Guy a essayé d'm'embrasser, c'est dégoûtant ! "
En attendant, on gardait le secret et on se prêtait au jeu.
" Annie, tu n'as pas vu Claudette ? "
" Non, madame...".
Je répondais en rougissant.
Claudette avait disparu. Disparue... Pas pour tout le monde...
Pour l'heure, c'est la première fois que je traverse le trou d'eau en nageant sans m'arrêter pour aller jusqu'aux vannes. C'est un exploit, parce que dangereux. Maman se fait un sang d'encre sur la berge et la Séverine crie "fille arrête tu va't neyer ! J'sais ben d'quouai j'parle, j'm'ai neyer aux rameaux ",persuadée d'avoir été poussée par la main du diable. La Séverine est une pauvre femme de fermier qui perd un peu la tête et voit le Satan partout...
Le soir, lorsque tout le monde était parti, il nous arrivait maman, moi et ma petite sœur de rester encore un peu et de pêcher des vairons, avec des gaules de fortune, pour une friture et cueillir du cresson, dîner frugal, appréciant le plaisir de goûter ensemble le calme du soir sur la rivière redevenue sereine.
J'avais 14 ans. Je vivais en région parisienne, dans la banlieue. Ces vacances que je passais ici, dans cette belle campagne percheronne, étaient pour moi, les moments bénis, de retrouvailles, de partages, de découvertes.
Quelque temps après, le garçon de mon cœur m'a donné mon premier baiser. Un vrai baiser. Mouvance dans le bas ventre. Impression nouvelle... "Dois-je en parler à M'an ?" Après réflexion, j'en ai conclu que non...
A cette époque, je disais tout à maman. Elle m'y incitait et surveillait ainsi ce que je faisais et mes fréquentations. C'est la première fois où je me suis tue, consciente de la nouveauté de la chose... cette sensation nouvelle était inexplicable, intime...
C'était un pas vers ma vie de femme. Consciente du changement que produisait cette chaleur qui embrasait mon corps, je ne me risquais pas d'en parler, à personne, même à celui qui en était responsable !
J'en craignais même les effets.
Rentrée dans ma banlieue, je mesurais l'ampleur de la nouveauté et l'intérêt que je portais à ce jeune homme parce qu'il me manquait.
Il me manquait aussi les herbes folles, la danse et les chansons, les promenades en vélo, les prés, la baignade, le petit lavoir, les noisettes et ses philipines, grâce auxquelles je reçus ce premier baiser.
Et je pensais déjà aux vacances prochaines.


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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 18:04


Extrait de "Mon herbier". Annie Laute

Le village de Mauves, sur le plateau, part d'un haut de côte, s'étale sur une seule rue et dégringole doucement vers une rivière : l'Huisne, réputée pour ses truites saumonées.
En haut du bourg, un clocher élégant, recouvert d'ardoises, porte la marque du XVIIe siècle et signale l'église Saint-Pierre, rescapée des guerres de religions, parée sur le versant droit d'une modeste horloge solaire.
La cloche sonne tous les quarts d'heure. Les proches voisins se plaignent de ce rappel du temps qui s'écoule... et même, certains vendent leur maison !
" Oui, ben faut y vivre à côté de c'te clocherie-là ! pa'ce que c'est pas toujours l'alleluia ! ", répondent les plaignants à ceux qui, au contraire, s'enthousiasment de la joyeuse envolée de cloches.
Tout près, le presbytère avec le jardin cultivé en carré, était planté de simples ou de fleurs multicolores. Les hampes des glaïeuls rivalisaient de beauté avec les dahlias, grandes fleurs destinées à l'autel de l'église. Des petites fleurs blanches, roses ou bleues poussaient en bordures, pour agrémenter le pied des statues. Une fontaine dite romaine, laissait couler une eau claire, et pétillante à boire...
Aujourd'hui, le presbytère est devenue une maison de plaisancier, il a été vendu... car il n'y a plus de curé !
Au grand désespoir des anciens qui sont obligés d'aller, dans d'autres églises pour assister à la messe. Une fois, c'est à Mauves, une fois, c'est au P..., à la C.-M...
" Qu'voulez-vous pu'personne n'veut êt'curé d'nos jours ! ".
D'ailleurs les cloches ça trompe les anciens quelquefois...
" Eh ! Père Jules, c'est-y la messe qui sonne ? "
" Mais non, c'est l'gars Pierre qu'est mort... "
" Ah ben, c'ty là, l'a ben vécu. Qui monte là-haut ! I l'a ben mérité, nom de Dieu ! ".
Les maisons aux toits de tuiles rousses, dominent la vallée de l'Huisne. C'est un village-rue. On dit ici, qu'il a été construit à la lorraine, car Marguerite (de Lorraine) y a vécu avec ses enfants. Il existe d'ailleurs toujours son grenier à sel, où l'on peut y voir ses armoiries, gravées sur la souche de la cheminée.
Les devants de porte sont larges, herbeux, car il y a quelques années encore, les artisans, comme le maréchal ferrant alignait ses charrettes à foin, le temps de la réparation. "Dans son atelier se montaient les roues de bois, se mariant à chaud avec les fers gigantesques qui les baguaient et fabriquaient des tonneaux dont les douelles semblaient se plier à la volonté du faiseux. Tous ces appareillages naissaient du savoir-faire des charrons "(1).
Le bourrelier fabriquait des selles de cuir pour les chevaux, et il n'était pas rare, de voir attachés devant son échoppe, sur l'herbe du trottoir, des percherons puissants, ronds, pommés, la crinière nattée et embellie, le jour des comices, de rubans rouge et vert.
Les propriétaires des maisons bourgeoises y paradaient avec leurs attelages légers à deux roues. Les livreurs, à l'heure de midi, donnaient à manger à leurs chevaux : ils puisaient un picotin d'avoine, le chanfrein, le ganache et les naseaux enfouis dans des sacs profonds, attachés sur leur cou.
En octobre, des tas de pommes attendaient d'être transformés en cidre.
En bas du bourg, en allant vers Saint-Ouen-de-la-Cour, on traverse trois ponts qui enjambent la rivière. Ce sont les ponts Catinat. Ils datent de 1600. Le premier est le plus grand. Il a quatre piles. La rivière ne passe que sous l'un des arcs. Les autres sont à pieds secs et lieux de rendez-vous des amoureux...
Un peu plus loin, après le troisième pont, sur la droite, dans un chemin longeant la rivière, il y a un vieux lavoir.
Il n'y a pas si longtemps, les femmes du pays venaient y laver ou y rincer le linge de leur maison.
Il était en bois. Sa porte grinçante s'ouvrait sur un plateau que l'on descendait, à l'aide d'une poulie, au ras de l'eau. Puis chacune posait à terre un carosse (2), rempli de paille pour ne pas se blesser, et agenouillées, courbées, elles plaçaient leurs pièces de linge sur la rambarde de bois, inclinée vers l'eau, pour savonner, battre, et frotter.
Chacune avait ses pratiques. Seuls le savon de Marseille, la brosse à chien-dent, le battoir, étaient de mises pour ne pas polluer l'eau de la rivière.
Puis, pour rincer, elles jetaient d'un geste large, la pièce de linge dans l'eau, et par un tour de main vif et expert, faisait gonfler le tissu comme une grosse bulle et maintenait celle-ci, par un va et vient du poignet. Plusieurs fois répétés, ce geste assurait un rinçage parfait.
Les poissons habitués au silence de l'eau et aux clapotis légers, fuyaient les coups de battoirs et le bavardage incessant, sous les berges et restaient cachés le temps de la lessive...
D'ailleurs, on y lavait toutes sortes de lingeries : "les chemises à floquets, les culottes en droguet, et même tout le linge sale du pays, à coups de langues de harpies... "(3)
" Et la Marie, qu'est-ce qu'el d'vient à ct'heure ? "
" Ben s'est faite engrossée par l'gars Jean... "
" C'est ben fait, ell'a qu' a pas traîner... "
" T'es méchante la Jeanne ! C'est pas sa faute... si ton homme l'avait pas cherché, elle t'aurait pas fait cocue ! "
Les méchantes langues avaient souvent le dessus.
Lorsque les femmes avaient terminé leur lessive, elles acceptaient de nous céder la place pour laver nos babioles. Nous répétions, avec talent, leurs gestes et leurs paroles, ainsi nous prenions plaisir à faire enfler les draps de nos poupées... et à dire du mal de la voisine ! Ces savoir-faire, c'est la Louise qui me les a enseignés
Il était le lieu de rendez-vous des lavandières mais aussi des jeunes du pays qui venaient y faire la cour à la jeune fille de leur cœur...
Lorsque le soir, le petit lavoir, débarrassé des draps, serviettes et mouchoirs, cédait la place à la tendresse des baisers volés et des amours extra-conjugaux, la rivière alors, brillait et une légère brume, cotonneuse à souhait, enveloppait les ébats amoureux...
Aujourd'hui, son toit, chargés de tuiles rousses pend lamentablement en avant, vers l'eau qui semble l'attirer inexorablement ; plus de porte, plus de poulies, plus de rires et de chansons...
Attenant au lavoir, un cabanon enfermait un alambic, qui servait à obtenir de l'eau-de-vie. Cet outil nous faisait penser à l'instrument du diable, car il était défendu de fabriquer de la " gnole "...
Tout est pratiquement démoli par l'érosion du temps, personne n'ayant eu l'idée ou la volonté de préserver la mémoire de ce lavoir qui pourtant a été témoin de tant de pratiques et pourrait en raconter des histoires, les ragots et des vies...
1 Robert Rotrou, citation d'une chanson du chanteux du Perche (dcd)
2 Boîte en bois, ouverte sur le devant que l'on calait contre la boiserie du lavoir et permettait aux femmes de s'agenouiller pour laver. Chacune avait le sien.
3 Robert Rotrou.


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Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /Juil /2009 19:45


Extrait de : "Mon herbier" Annie
La Louise
La " Louise " était la porteuse de bonnes et mauvaises nouvelles, au porte à porte, dans le village : les morts, les nouveaux-nés, l'heure de la messe du dimanche, le mariage d'untel et la communion du petit dernier, mais aussi le passage du marché et la venue d'une personnalité à la mairie...
Elle était toujours vêtue d'une robe noire avec un col blanc de dentelle, robe de deuil qu'elle portait depuis la mort de son p'tit gars, de la vilaine maladie qui sévissait à l'époque, la tuberculose.
Un beau tablier bleu enveloppait le tout. Elle était coiffée d'un petit chignon bas, coincé dans le cou par une épingle de coiffe et enveloppé d'un filet brodé, qu'elle fabriquait elle-même, en soirée, avec ses navettes et sa petite table ronde de dentellière, pour se faire un peu de sous, les cheveux déjà blancs auréolant son visage au nez aquilin.
Elle avait été également mère nourricière de nombreux enfants du village et bonne à tout faire dans les maisons bourgeoises.
Je l'adorais. Elle fut une grand-mère d'occasion, mais elle comptait beaucoup pour moi ; elle me racontait les choses de la vie, avec son accent du terroir et son bon sens percheron :
 " T'inquiète pas, fille, l'gars Josse, i't'aime, y m'la dit l'aut' jour à la messe... Pourquoi c'est'y qu't' y viens point ? Tu'le verrais, à c't'heure !As-tu point fait ta communion ? ". Effarée qu'elle était par notre côté païen, elle ne s'y faisait pas !
Elle repose aujourd'hui dans le petit cimetière, en haut du coteau. Personne ne vient plus lui porter de fleurs, sauf moi, ce qui étonne les méchantes langues du village, qui me suivent des yeux et tendent le cou pour voir où je dépose ma potée et entendre ce que je lui dis ! Elle aurait 105 ans.


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Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /Juil /2009 18:00

Voici la petite maison verte en 1955. Papa derrière la fenêtre, mamanie avec un bobo aux genoux et la ptite Nenette, c'est ma soeur. Vous pouvez juger de la différence... Comment ? Non, non, je ne parle pas de l'âge de Mamanie ! je parle de la petite maison verte, du moins pour ceux qui connaissent son histoire... Elle a bien changé !
Je ne parle pas de la qualité de la photo, car je ne sais pas comment j'ai numérisé. Je ne suis pas sur mon ordi...
Bon week à tous.
Pour ma part, je prépare la venue de mes ptites nenettes qui arrivent avec leurs parents le 29 juillet ! Youpi !


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Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /Juil /2009 19:14
 

Extrait de : "Mon herbier" Annie

...On en a passé des heures savoureuses devant des photos écornées, salies par les ma ins de tant de petits doigts, et tant de fois sorties de leur boîte, lors des après-midi pluvieuses ou des soirées passées en famille.

Et je me suis dit : « un jour, lorsque j'aurai le temps, j'écrirai tout cela pour eux, pour moi, pour mes futurs petits enfants »…

C'est ainsi que ce recueil de nouvelles s'appelle « Mon herbier » en hommage à ma mère et à son insistance de me conseiller lorsque j’étais enfant, de consigner mes souvenirs de vacances dans un cahier qu'elle appelait pompeusement « Un herbier ».

Elle y prenait autant de plaisir que moi et me faisait partager ainsi son amour de la nature, des fleurs, des oiseaux, et surtout les moments bénis des vacances passées à la campagne...

A la fin du séjour, il était tout gondolé, gonflé par les trésors que j'y avais amassé et collé, au fur et à mesure des jours… Il y avait là, des fleurs séchées, des feuilles d'arbres, des plumes d’oiseaux, mais aussi des dessins, des morceaux de tricot : point de riz, point jersey, tricotés de mes mains maladroites en carré de 10 x 10 cm, l'explication détaillée en légende, écrite en ronde. Des petites pièces de tissus découpées, de textures variées, avaient servi à ourler les bords : points de chausson, point de surjet ; des boutonnières brodées ; des recettes de cuisine, des articles découpés dans les journaux, des rédactions et des poèmes, des points de broderie de couleurs vives, mais aussi des devoirs de vacances, que j'exécutais de bonne grâce les jours de pluie... J'ai beaucoup déménagé... A mon grand regret, je ne les ai jamais retrouvés...

Tout comme ces cahiers d'enfance, qui m'ont donné le goût de garder en mémoire les plaisirs simples, ce sont des moments de bonheur parfait que je voudrais faire revivre ici, dans « Mon herbier »...

Ce sont les moments de l'enfance et de l'adolescence. Des moments merveilleux de découvertes, que jamais l'on ne peut oublier.

 


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Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /Juil /2009 19:08



Extrait de "Mon herbier"  


... « Dis maman, tu te rappelles de la guerre ? Dis, qu'est-ce qui s'est passé quand pépère est mort ?
La petite fille là, sur cette photo, c'est toi ou mémère ? Comme tu lui ressembles ! C'était après la guerre ? Pendant la guerre ? C'est quoi les chaussures que tu as aux pieds ?
Dis, raconte comment t'es devenue typographe ? ... Raconte la fois où t'as volé ? Et quand ton élève s'est enfui du lycée et que tu ne l'as jamais revu ? Tu t'en rappelles, de 68 ? Pourquoi tu crois pas au bon Dieu, mais que des fois tu l'engueules ?
Dis tata, tu te rappelles, comme on a ri dans le champ de poires ? Et au presbytère du curé de Mauves quand tu ne voulais pas baptiser Fredo ? Quand t'a pris la pilule pour la première fois ? Allez, raconte, c'est marrant ! »

Et je répondais aux questions, racontais, une fois, deux fois. Les yeux ronds, rieurs ou attristés de mes petites nièces, ou ceux interrogateurs de mes fils m'amusaient et me plaisaient.
Je prenais autant de plaisir à raconter qu'eux à questionner... J'avais, paraît-il des talents de conteuses. Mes nièces disaient : « Tata, tu devrais écrire un livre ! »...


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On fait connaissance ?

  • Mamanie
  • AUTANT-EN-EMPORTE-LE-TEMPS...
  • Femme
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  • Professeur retraitée. Très attachée à la vie de famille. Mamie de deux jolies petites filles. J'aime communiquer, lire, jardiner, écrire. De gauche, j'affiche mes idées...

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