Chroniques...
Les moments de vie à l'université d'une étudiante retraitée, attardée et nomade...
L’espace n’est pas seulement pensé par les hommes, il est d’abord vécu. Il peut être beau, moche, habillé, décoré ou tagué. Et le corps a ses domaines publics et privés. Il en est de même pour les petits coins.
Le regard perdu, assise les fesses à l’air, et en l’air pour ne point toucher le rebord « crade » des « tinettes », je pense à ce mot nouveau que je viens de découvrir : dichotomie… Rupture, que çà veut dire…
Mes yeux se portent sur un graffiti et je lis, à mi hauteur de la porte : « J. H. cherche jeune fille ou pute avérée pour… ». Sur le côté droit : « Dieu te voit », sur le côté gauche « Allah te regarde », plus bas sur la porte, une invitation pornographique, « jeune H ayant grosse bitte cherche fille pour chatterie baveuse… » En dessous, une flèche pour la réponse « Espèce de gros dégueulasse ». Non, mais…
Et soudain, je m’aperçois avec horreur, qu’un œil me regarde par l’un des trous creusés dans la porte ! Un œil rond et noir comme un bouton de culotte ! Ecoeurée, je demande en colère au borgne trop curieux, s’il veut que je l’aide et je coule un doigt rageur dans le trou en risquant de lui crever l’œil. J’ai quand même, les jambes qui flageolent en sortant !
Dichotomie… Comment dans un lieu comme l’université où se côtoient des cultures différentes, où enseignent des professeurs prestigieux à des étudiants de tous horizons, venus apprendre la philosophie, la sociologie et autres matières, trouve-t-on, comme dans les lieux malfamés une littérature malsaine et des yeux curieux, amateurs de sensation ?
Vient-on dans ce petit lieu pour exorciser son angoisse ? Satisfaire ses fantasmes ? Ou écrire son désespoir ?
En tous les cas, ce que l’on est censé apprendre à l’université et ce qu’on lit dans les petits coins de la fac, sont en parfaite… dichotomie !
Je constaterai que le « J H. cherchant… » a commis la même annonce dans tous les lieux identiques, à tous les étages, et sans mentir, dans tous les bâtiments de l’université ! Au moins celui-là, il a de la suite dans les idées !
Par contre, une chose à laquelle je n’avais jamais pensé c’est que Dieu ou Allah m’accompagnaient dans ces
lieux-là… Ma foi, si Dieu ou Allah me voient sans s’attarder sur mon auguste derrière, ce n’est pas bien grave… Mais s'ils le regardent précisément, cela me gêne un peu !
« Merde, y a plus de papier ! » Je sors avec regret, le petit mouchoir bordé de dentelles, dernier vestige brodé par maman…
Depuis cette anecdote, il y a eut des travaux d’effectués dans ces lieux, mais j’ai pu constater que si on peut
repeindre les chiottes, il y a toujours des crayons pour les salir…
Extrait de "Ceci n'est pas une thèse" Annie