Le patronage des curés
"Et qu'est-ce que tu dis au monsieur quand t'es dans la ptite guérite ?"
"C'est pas un monsieur, c'est un curé... Je confesse mes pêchés"...
"C'est quoi, un pêché ?"
"C'est quand on fait quelque chose de mal"...
"Ah..."
J'étais dubitative... (A cette époque je ne savais pas ce que voulait dire dubitative)... Mais bon, cela me laissait rêveuse...
"Et qu'est-ce que tu dis comme pêchés ?"
"Cela ne te regarde pas, y a que le curé qui peut me punir"...
"Et c'est quoi la punition quand tu fais des pêchés ?"
"Cela dépend, troizavemaria ou deuxnotrepere"...
Je restais sur ma faim et ma curiosité n'était pas satisfaite.
"C'est quoi ?"
"Ben c'est des prières pour que le bon dieu nous pardonne"...
"Alors tu fais un pêché, pis quand tu dis tes troisavemachin et deunotpèretruc muche, t'es pardonné par le bon dieu ? Mais ta mère ou ton père qu'est-ce qui disent eux ? Moi je les dis à Maman..."
"Oui et tu prends une baffe !"
Je ne comprenais pas ce que voulait me dire ma petite copine.
"C'est comment dans la guérite ?"
"C'est pas une guérite, c'est un confessionnal. Ah ! Et puis tu m'embêtes avec tes questions, t'as qu'à venir, tu verras bien !"
Elle fréquentait le catéchisme car elle allait faire sa communion. J'avais demandé à ma maman mais non, je ne la ferai pas car maman ne le voulait pas. J'aurais bien voulu... La robe était si belle. Ce n'était pas encore l'aube. Les petites filles rivalisaient de grâce dans ces jolies robes blanches et ce voile sur leur tête. C'était un objet de convoitise pour moi...
J'étais allée avec mon amie et sa maman dans un grand magasin pour la choisir, avec elles. Cela m'avait émerveillée... (Une vraie robe de princesse me dirait aujourd'hui ma ptite nenette qui adore se déguiser !)
Cela me frustrait de ne pas faire comme toutes les autres de mes camarades de classe. Elles avaient le droit de quitter plus tôt pour aller au catéchisme, le jeudi... J'allais les chercher après l'étude et tous ces rituels, dont elles me parlaient, titillaient ma curiosité de petite fille.
J'avais peur d'entrer dans cette église toute noire, éclairée de ses seuls cierges déposés par les bigotes du quartier, cela me semblait un coupe-gorge...
Et la ptite guérite m'impressionnait. Ma camarade disparaissait et s'enfermait derrière un rideau, à genoux, les mains jointes... Mais je la voyais ressortir avec un fou rire contenu !
Et elle m'attrapait très vite la main et nous sortions en courant.
"Ah là là, je lui en ai raconté des bêtises ! Il était content, tiens ! Pour le coup, je suis en retenue pour jeudi prochain !"
Impossible de savoir ce qu'elle lui avait dit. Mais elle m'a avoué en inventer souvent afin d'être débarrassée le plus vite possible de cette contrainte.
Ben vrai, raconter à quelqu'un ce qu'on fait de mal, et même en inventer, c'est pas marrant. Moi, y a des choses que je ne voulais pas dire...
"Ben voui, mais le bon dieu, il te voit !"
"Ah..."
Alors, là, çà m'en bouchait un coin. Ainsi, le bon dieu voyait ce que je faisais...
Mais alors...
Extrait de "Mon herbier" Annie